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dimanche 5 juin 2011

critiques de livres : La peinture aujourd'hui, Le postmodernisme et après, L'art comme résistance

Ces comptes-rendus ont paru dans la revue Critique d'art, n°37, printemps 2011.
http://www.archivesdelacritiquedart.org/

La peinture aujourd'hui
de Tony Godfrey, éditions Phaidon, Londres, 2010.



Depuis le début des années 1980, la question de la vitalité de la peinture revient régulièrement, comme prétexte à la célébration de son retour ou de son triomphe esthétique et marchand. Cette nouvelle somme, d'imposant format, ne déroge pas à ce discours vitaliste, de même qu'elle ne néglige pas le lieu commun selon lequel « l'art conceptuel » supposé dominant durant la précédente décennie aurait imposé un black-out idéologique sur la peinture. Il est étonnant que cela ne soit pas déconstruit par un auteur connu pour une autre somme intéressante sur l'Art conceptuel (Phaidon, 2003), tout comme il est surprenant que Godfrey ne tienne pas compte de l'influence des pratiques critiques des années 1960-70 sur un pan important de la peinture actuelle (James Hyde, Dominique Figarella, Liam Gillick ou Miquel Mont sont, par exemple, absents). Un autre impensé majeur du livre réside dans l'absence de réflexions sur ce qui pourrait bien caractériser une autonomie du champ pictural par rapport aux autres champs de la création. Si un chapitre fait référence à « l'inspiration photographique », nulle mention n'est faite des déplacements et effrangements de la peinture avec d'autres médiums (sculpture, installation, vidéo ou performance). Résultat, ce livre est une belle orchestration d'apparence experte, en seize chapitres, des valeurs sûres du marché international de la peinture. T.T.

L’Art comme résistance : éveil politique et engagement des artistes dans les années 1930
revue Dissidences, n°9, éditions Le bord de l'eau, 2010.



Dans la continuité de ses huit premières livraisons consacrées à l’étude historique d’avant-gardes artistiques et politiques de Gauche, influentes ou minoritaires, la revue Dissidences consacre son n°9 aux pratiques de résistances picturales, théâtrales, littéraires et cinématographiques qui se sont développées, en Europe, au cœur des tensions idéologiques nées de la Première Guerre mondiale, de l’arrivée au pouvoir de régimes fascistes et de l’influence de l’esthétique réaliste socialiste. Proposées par des chercheurs en histoire, histoire de l’art et sciences politiques, les onze contributions éclairent les enjeux et pratiques de résistance artistique et culturelle, sur la base d’études de cas expertes d’œuvres, de magazines, de films et d’archives policières. Ne sont pas omises les ambiguïtés à l’œuvre dans certains cas, dues aux difficiles négociations entre ambitions esthétiques et poids des contraintes idéologiques (assumées ou subies). L’ensemble constitue un document très intéressant. T.T.

Le Postmodernisme, et après ?
revue Tumultes, n°34, 2010.



Si la « chronobibliographie » exposée au début de l’ouvrage pointe l’existence de la notion de postmodernisme depuis au moins 1914, les dix contributions se concentrent sur l’étude des débats, des enjeux et des issues culturels, économiques et politiques, motivés par l’émergence évidente et l’implantation durable de cette notion depuis les années 1970, dans tous les champs de la pensée. La diversité des origines et des champs de recherche des auteurs témoigne de l’ouverture opérée par le postmodernisme (par la critique des grands récits autorisés, identifiés à l’Occident) et confère une ampleur certaine à la somme proposée à la lecture. A l’approche globale et critique des enjeux, proposée dans les textes de Frank Vermandel, Ali Akay et Daniel Innerarity, s’ajoutent des études plus spécifiques, relatives à des champs particuliers mais éclairant la globalité : le roman (Hans Bertens), l’économie (Christophe Schinkus) ou le féminisme (Gayatri C. Spivak). T.T.

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