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dimanche 5 juin 2011

critique de livre : Artivisme : art, action, politique et résistance culturelle

Ce compte-rendu est paru dans la revue Critique d'art, n°37, printemps 2011.
http://www.archivesdelacritiquedart.org/

Artivisme : art, action, politique et résistance culturelle
de Stéphanie Lemoine et Samira Ouardi, éditions Alternatives, Paris, 2010.



Ce livre s'intéresse aux ambitions activistes et politiques de pratiques artistiques, et aux formes artistiques ou créatives prises par une partie de l'activisme politique de Gauche depuis le milieu des années 1990, soit l'émergence de l'altermondialisme, l'insurrection zapatiste au Mexique et la démocratisation d'Internet. Ces pratiques, comme le situent bien les auteurs à l'entame du livre, ont réactivé des formes que l'on identifiait aux années 1960-70, sous les influences diverses du Situationnisme, des Provos, du mouvement Yippies, voire de Fluxus. Les exemples sont nombreux de formes de vie alternative temporaire (par exemple Burning Man, dans le Nevada, une « zone autonome temporaire » selon les principes d’Hakim Bey), de sabotage des médias (détournements d’affiches par Zevs ou le Billboard Liberation Front), de happenings collectifs festifs (le Carnaval contre le capitalisme à Londres en 1999), de performances parodiant et détournant des dispositifs médiatiques (le Révérend Billy et la Church of Life After Shopping), d’infiltration critique de lieux de pouvoir (les Yes Men), etc.

En ne retenant que les pratiques récentes les plus spectaculaires et médiatiques de l'art contestataire dans l'espace public, en ignorant tant les pratiques participatives originelles des années 1960-70 que les collectifs d'artistes alternatifs des années 1960-80 dont les actions politiques et sociales se développèrent contre les discriminations raciales, sexistes et culturelles, ou pour répondre à des situations de crise politique, militaire ou sanitaire1, ce livre s'avère soit amnésique, soit inculte. Cette critique pourrait être minorée du fait qu'aucune des auteures ne soit historienne ou critique d'art, le livre s'apparentant dans son écriture à un mixe de journalisme et de militantisme. Pour autant, attend-on d'un ouvrage journalistique qu'il égrène des lieux communs sans distance ni approfondissement critiques, sans service minimum de contextualisation et d'historicisation des concepts employés ? Par exemple, comment employer la notion de « réenchantement » de la vie sans avoir une pensée pour la reprise de cette notion par le MEDEF lors de son université d'été de 2005 ? Une reprise fondée sur les théories de Michel Maffesoli concernant la « stylisation » ludique et festive de l'existence, comme éthique d'une vie créative. Soit toutes les notions promues par les auteures du livre, lesquelles n'envisagent donc à aucun moment que les valeurs qu'elles portent sont partagées par leurs « ennemis ».

Un dernier problème que pose cet ouvrage tient à son aspect « livre de vulgarisation » avec de nombreuses reproductions et des titres de chapitres frappants. Ce « livre pour table basse de salon » ne serait-il pas a priori en contradiction avec l'esprit alternatif et militant de son propos ? Mais la contradiction est très relative à partir du moment où les auteures n'évoquent que l'art et les pratiques contestataires les plus littérales et spectaculaires.

Tristan Trémeau

Note :
1. Voir à ce sujet : Alternative Art New York, 1965-1985, sous la dir. de Julie Ault, Minneapolis : University of Minnesota Press, 2002.

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